Correction - Théorie de la Lune
Le mouvement de la Lune dans le ciel est éminement
complexe, et elle est loin de suivre une orbite keplerienne autour de la
Terre. Cette complexité réside dans le fait que le corps
perturbateur (le Soleil) possède une très grande masse
que son éloignement ne compense que
très partiellement. La complexité du problème est
renforcée par la proximité de la Lune qui nous permet d'obtenir
des résultats expérimentaux très précis, que
la théorie doit vérifier ... La théorie du mouvement
lunaire est un problème central et récurrent de la mécanique
céleste, elle est principalement l'oeuvre de cinq grands esprits
: Euler (1707-1783), Clairaut(1713-1765), d'Alembert(1717-1783), Lagrange(1713-1765)
et Laplace(1749-1827). La théorie planétaire de Lagrange
permit enfin à Delaunay vers 1860 d'introduire les raffinements
que nous avons évoqués plus haut. Le mouvement keplerien
de la lune le plus en adéquation avec les observations est très
grossièrement une ellipse d'excentricité
de foyer la Terre, d'inclinaison
par rapport à l'écliptique. La masse de la lune est d'environ
, celle de la terre étant
on a
En se plaçant dans le référentiel
centré sur la Terre, en appellant
le vecteur Terre-Lune et
le vecteur Terre-Soleil (cf. figure 1
)
la mise en forme du problème à
corps de la section précédente (équation
)
nous donne ici (en prennant tour à tour le Soleil et la Lune pour
corps 1)
dans la première de ces équations,
le terme perturbateur est complèment négligeable à
cause de la faible masse de la Lune. Nous pouvons donc considérer
que la trajectoire du Soleil autour de la Terre est une ellipse keplerienne.
La deuxième équation est celle que nous allons étudier,
elle peut s'écrire (cf. section précédente)
avec
Ecrivons à présent
en fonction des éléments osculateurs. La distance Lune-Soleil
s'écrit
en moyenne on observe
,
nous supposerons donc
ainsi en utilisant un développement limité on peut obtenir
comme de plus
la fonction perturbatrice s'écrit à
l'ordre 2 en
sous la forme
les travaux cités en préambule
et notamment ceux de Delaunay, interviennent alors à ce niveau,
ils consistent à exprimer
et
en fonction des éléments osculateurs de la Lune autour de
la Terre
et du Soleil autour de la Terre
amateurs de trigonométrie ne pas s'abstenir... Une partie de ces
calculs est présentée dans l'excellent ouvrage [#!pascoli!#].
Après de longs calculs on trouve que la fonction perturbatrice se
sépare en une partie séculaire
(non périodique) et une partie périodique
(dépendant des éléments osculateurs à travers
les fonctions
et
).
La partie périodique est souvent oubliée car elle ne modifie
pas de manière profonde la trajectoire, la partie séculaire
s'exprime quant à elle de la façon suivante
avec
on
constate immédiatement que
ne dépend pas de
ni
.
Les équations planétaires de Lagrange donnent donc
ainsi le demi grand axe
,
l'excentricité
et l'inclinaison
de l'orbite lunaire autour de la Terre ne varie donc ici que périodiquement.
Pour la variation séculaire de la longitude du noeud ascendant,
nous avons
en supposant que les variations périodiques
sont négligeables nous obtenons donc
la longitude du noeud ascendant lunaire précesse
ainsi à vitesse constante. Pour la variation séculaire de
l'argument du périgée, nous avons
en supposant que les variations périodiques
sont négligeables nous obtenons donc
et l'argument du périgée lunaire
précesse donc à vitesse constante. En prennant les valeurs
numériques suivantes : inclinaison du plan orbital lunaire
,
excentricité de l'orbite lunaire
,
Kg
,
Kg,
Kg
période moyenne de la lune
j
h
s
et période moyenne du soleil
j
h
s,
on en déduit les moyens mouvements lunaire
seconde d'arc par jour et solaire
seconde d'arc par jour, desquels on déduit
seconde d'arc par jour et
seconde d'arc par jour
la ligne des noeuds lunaire rétrograde
donc sur l'écliptique avec une période de
ans et
jours (alors que la valeur observée est de
ans et
jours), le périgée lunaire fait quant à lui un tour
tous les
ans et
jours (alors que la valeur observée est environ le double !). Ces
effets sont visibles sur la figure 2 pour
les lecteurs dotés d'une vision dans l'espace.

Jérome Perez 2004-09-28
Références
G. Pascoli, Eléments de mécanique
céleste, Armand Colin, 1993
P.Bretagnon, P. Rocher, J.L.\Simon, Theory
of the rotation of the rigid earth, Astronomy \&Astrophysics, 1981
V. Beletski, Essai sur le mouvement des corps
cosmiques, Editions Mir, Moscou, 1977
H. Poincaré, Leçons de mécanique
céleste, Tome I à III, Gauthiers Villars, 1907
F. Tisserand, Traité de mécanique
céleste, Gauthiers Villars, 1889