Correction - Orbite d'un satellite dans le
champs gravitationnel terrestre
Il est clair qu'en première
approximation la trajectoire d'un satellite artificiel est une ellipse
keplerienne dont l'un des foyers est occupé par la Terre. Lorsque
l'on y réfléchit bien de nombreux phénomènes
peuvent néanmoins entrer en ligne de compte pour venir perturber
cette trajectoire ''naturelle'' : La Terre n'est ni sphérique ni
formée d'une succession de couches concentriques, elle est dotée
d'une atmosphère relativement dense qui peut contribuer à
freiner les satellites surtout si ces derniers ont un périgée
à faible altitude, enfin la pression de radiation, le vent solaire,
le flux de particules cosmiques et les éventuels chocs avec tout
un tas d'objets plus ou moins naturels doivent être pris en compte
lors de la coûteuse mise en station de satellite artificiel. De tous
ces effets la non sphéricité de la Terre et la déformation
du champs de gravitation induite est le principal. Nous allons donc voir
comment faire entrer ce dernier dans le modèle de la théorie
planétaire de Lagrange.
Le véritable potentiel gravitationnel terrestre
Soit
,
un référentiel d'origine
le centre de la terre, et
le vecteur indiquant la position du satellite (supposé ponctuel)
de masse
dont nous étudions le mouvement. Soit
le vecteur indiquant la position d'un élément quelconque
de masse
de la Terre de volume
et de masse
et
la distance entre le satellite et
.
(voir figure
1)

L'élément de potentiel d'interaction s'écrit
si
est le volume occupé par la Terre, le potentiel de gravitation duquel
dérive la force qu'exerce notre planète sur le satellite
est donc
 |
(1) |
Soit
l'angle entre
et
,
on sait que
autrement dit
en supposant que le satellite évolue toujours suffisamment loin
de la Terre, c'est à dire
,
on peut utiliser un développement limité pour l'expression
de l'inverse de
,
on trouve
une méthode moins expérimentale permet alors de voir que
les coefficients des puissances de
dans le développement ci-dessus ne sont autres que des polynômes
de Legendre de première espèce
on montre ainsi que
le potentiel terrestre
devient donc
avec
Etudions à présent la nature des premiers termes de ce développement.
Si
on voit immédiatement que
est le potentiel de gravitation du problème non perturbé,
lorsque la Terre est assimilée à un point de masse
ou bien constituée d'une succession de couches sphériques
homogènes concentriques. Lorsque
,
en utilisant la relation
nous obtenons
soit
où
sont les coordonnées du centre de gravité de la Terre. Si
l'on choisit ce point (supposé fixe) comme origine de notre référentiel,
nous avons par conséquent
.
Le cas
est quant à lui plus complexe. Nous avons en effet
en développant le carré nous avons donc (en posant
et
)
en introduisant les moments
et produits
d'inertie de la Terre par rapport aux axes
et
le troisième terme du développement du potentiel terrestre
devient
On impose alors aux axes
,
et
de notre référentiel d'être confondus avec les axes
principaux d'inertie de la Terre (supposés fixes), en pratique et
en première approximation on confond donc
avec le plan équatorial terrestre et
avec l'axe polaire. En conséquence, tout les produits d'inertie
s'annulent et en posant
il vient
soit
on introduit alors les coordonnées équatoriales
,
où
est appellé longitude et
latitude, (voir figure 2)
le potentiel s'écrit
Si finalement on admet que la Terre présente une symétrie
de révolution autour de son axe polaire, nous avons
et le premier terme non nul de perturbation du potentiel ne dépend
que du rayon et de la latitude et s'écrit
 |
(2) |
en introduisant la constante
où
Kg
et
Km sont respectivement la masse et le rayon équatorial de la Terre,
on obtient (le signe
étant absorbé par le polynôme de Legendre)
dans ce même cadre d'approximation, on peut montrer (on pourra consulter
par exemple l'article de Bretagnon et al. pour avoir un apercu global
de ce genre de problème) que ce résultat n'est pas fortuit
et qu'il est le cas particulier
d'une relation générale pour
de la forme
le potentiel de gravitation de notre modélisation de la Terre s'écrit
donc
les coefficients
peuvent être déduits d'une théorie plus ou moins approximative
ou directement issus de l'observation du mouvement de satellites artificiels,
on trouve (dans [#!bel!#] par exemple)
La force de gravitation exercée par la Terre sur le satellite est
donc
le principe fondamental de la dynamique donne alors
 |
(3) |
où l'on voit sourdre la fonction perturbatrice du problème
Expression des éléments
osculateurs
Comme le montre la relation
,
si
est petit devant le potentiel à deux corps, le problème du
mouvement d'un satellite dans le champ de gravitation de la Terre non ponctuelle
peut se traiter par la théorie planétaire de Lagrange. Il
ne reste plus qu'à exprimer la fonction perturbatrice en fonction
des éléments elliptiques.

Comme on peut le voir sur la figure
,
si le mouvement non perturbé est repéré par rapport
au plan équatorial, l'inclinaison
de l'orbite du satellite par rapport au plan équatorial terrestre,
l'argument
de son périgée et son anomalie vraie
vérifient la relation
En ne considérant que le premier terme (
)de
la fonction perturbatrice, nous avons donc
Comme dans la théorie de la Lune nous allons décomposer la
fonction perturbatrice
en une partie séculaire
et une partie périodique
telles que
avec
en écrivant la forme différentielle de la loi des aires (cf
relation
)
nous avons
ainsi
et comme (trajectoire elliptique)
nous avons finalement
c'est à dire après intégration
en posant
nous remarquons que
ne dépend ni de
ni de
ni de
,
on en déduit automatiquement
le demi grand axe, l'exentricité et l'inclinaison ne présentent
donc pas de variation séculaire (dans notre cadre d'approximation).
Le mouvement séculaire du périgée est décrit
par l'équation différentielle
on a donc
avec
De même, le mouvement séculaire du noeud ascendant est décrit
par l'équation
on a donc
avec
Les perturbations de l'orbite sont dans notre cadre d'approximation, de
même nature que celle trouvées pour notre théorie de
la Lune. Pour un satellite de masse
,
sur une orbite inclinée de
d'excentricité
et de demi-grand axe 
on trouve une période de
h
correspondant à un moyen mouvement de
ainsi la précession du périgée est de
par jour et la rétrogradation du noeud ascendant de
par jour. Ce type d'analyse a été rendu nécessaire
par la mise en orbite des premiers satellites : Les premiers articles sur
ce sujet sont russes et datent de la fin des années 50. Après
l'applatissement de la Terre, la deuxième source de perturbation
à prendre en compte est l'effet de freinage dû à son
l'atmosphère. Sur de petites échelles de temps (quelques
dizaines de révolutions), les résultats que nous avons obtenu
sont malgré tout en assez bon accord avec les mesures effectuées
sur les satellites.
Jérôme Perez 26/09/04
Références
G. Pascoli, Eléments de mécanique
céleste, Armand Colin, 1993
P.Bretagnon, P. Rocher, J.L.\Simon, Theory
of the rotation of the rigid earth, Astronomy \&Astrophysics
V. Beletski, 1977, Essai sur le mouvement
des corps cosmiques, Editions Mir, Moscou